Michael Kenna : La lumière de l’ombre, photographies des camps nazis

Du 22 octobre au 9 janvier 2022 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau


Michael Kenna est un photographe né à Widnes en Angleterre en 1953. Lors de sa première année au London College of Printing, il découvre dans un bac de développement une photographie du camp d’Auschwitz-Birkenau prise par un autre étudiant, celle d’une montagne de blaireaux de rasage. L’émotion est très forte pour le jeune homme dont le premier souvenir paternel est lié à l’image de son père se rasant. Celle-ci ressurgit en 1986, en France, lors d’une visite de l’ancien camp de Natzweiler-Struthof qui le marque fortement. Il décide alors de développer un projet personnel sur la mémoire des camps nazis.

La difficulté qui se pose alors à lui est celle de ne tirer aucun profit de ce travail de photographe. Son objectif n’est pas l’arme d’un chasseur, il est simplement son outil de passeur de mémoire. Michael Kenna entreprend pendant plus de 15 ans, à ses frais, de nombreux voyages pour photographier les vestiges des camps nazis, qui à l’époque étaient à l’abandon, dans toute l’Europe.

Cherchant à transformer son émotion en mémoire, il construit pas à pas, photographie après photographie, un projet sobre, intime, dont seuls ses proches sont au courant.

À l’heure où les survivants et les témoins de la Déportation se font de plus en plus rares, il s’agit pour lui de transmettre ce souvenir, grâce à l’art qu’il maîtrise, celui de la photographie. Proposer un regard sur ces lieux où les nazis tentèrent de détruire notre humanité, c’était contribuer à rendre l’oubli impossible.

Il va à Auschwitz-Birkenau et il y photographie les blaireaux, qui s’imposent aujourd’hui à celui qui les regarde. Le cliché devient en lui-même une trace qui vient s’ajouter à l’objet : il en conforte la réalité et en renforce la matérialité. L’image est aussi un objet de mémoire.

Parce qu’il est un photographe de paysage, Michael Kenna photographie les sites des camps, en faisant surgir la lumière de l’ombre et en revendiquant d’aborder autrement l’histoire et la mémoire de l’univers concentrationnaire et du génocide des Juifs d’Europe. Par le travail du noir et blanc, par la composition rigoureuse, par la clarté graphique, il attire le regard, suscite l’émotion et oblige à s’interroger sur ce qui est et ce qui fut.

En regardant autrement ces lieux, il nous rappelle que les camps nazis sont devenus aujourd’hui des vestiges qui ne rendent que très partiellement compte de leur fonctionnement durant la Seconde Guerre mondiale. Ils sont dorénavant des lieux que l’on visite comme des musées ou comme des cimetières, des lieux où l’on veut apprendre, comprendre mais aussi se recueillir. Regarder aujourd’hui les photographies des camps de Michael Kenna, c’est l’accompagner sur son chemin de mémoire, dans sa quête d’histoire, peut-être de vérité, et sans doute aussi de sacré.


Musée de la Résistance nationale
40 quai Victor Hugo
94500 Champigny-sur-Marne





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